Tina Haché-Lacombe est horticultrice chez YQQ – elle travaille, entre autres, dans les projets de ruelles vertes de l’Éco-quartier MHM. Margot Eli, agente de service à la clientèle, l’a rencontrée pour qu’elle nous livre quelques astuces pour le choix et l’entretien des fleurs qui seront offertes aux habitants-es de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve le 25 mai prochain lors de la distribution de fleurs et de compost.


Margot : Bonjour Tina, merci de répondre à mes questions aujourd’hui. Peux-tu te présenter brièvement?

Tina : J’aime les plantes depuis toujours. Pour moi c’est la vie. J’aime les voir grandir, surtout celles qui sont comestibles : ça part d’une semence et ça arrive dans nos assiettes, c’est magique! Je jardine depuis 10 ans, j’ai un potager urbain. Je suis officiellement horticultrice professionnelle depuis un an.

M : Le 25 mai aura lieu une distribution de fleurs et de compost organisée par l’Éco-quartier MHM, j’aimerais savoir si tu peux donner quelques bons conseils et astuces aux citoyens et aux citoyennes qui seront présents. Par exemple, pour les novices (comme moi), quelles fleurs nous conseilles-tu de choisir le 25 mai? Y a-t-il des fleurs plus « faciles » à entretenir que d’autres?

T : La majorité des fleurs et des fines herbes distribuées le 25 mai sont faciles à cultiver.
Les gens ont souvent de la difficulté avec le basilic mais il y a des astuces pour bien le réussir. Premièrement, il faut le mettre seul dans son bac ou avec un plant de tomates. Ensuite, il faut le pincer souvent, c’est-à-dire venir en récolter un peu régulièrement. C’est comme ça qu’il va prendre de la force et devenir plus fourni. Aussi, évitez de le laisser sécher! Il faut le garder humide mais sans pour autant lui donner trop d’eau. S’il flétrit, c’est généralement qu’il n’a pas assez d’eau, mais il peut aussi flétrir s’il en a trop!
Le persil plat aussi est un peu difficile. Il faut lui éviter le soleil direct et le vent, car la feuille est fine et fragile. Vous pouvez par exemple le mettre à l’ombre d’un autre végétal. Contrairement au basilic, on n’a pas besoin de pincer le persil plat.

M : Quelle est la différence entre annuelle et vivace?

T : La différence, c’est le cycle de vie de la plante. Le cycle de vie d’une plante annuelle va se compléter à l’intérieur d’une année. Le cycle d’une bisannuelle va se compléter à l’intérieur de deux ans. Une vivace va avoir une longévité plus grande. Elle aura besoin d’une période de dormance (de gel) pour repousser l’année suivante.

« Toutes les plantes, en transpirant,
créent un petit îlot d’humidité entre elles. »

M : Peux-tu me dire comment je dois planter mes fleurs:  au soleil, à l’ombre, en pot, en terre?

T : Sur les affichettes installées par l’éco-quartier lors de la distribution de fleurs, on a indiqué l’ensoleillement nécessaire pour chaque type de plante. C’est important de le respecter.

Photo Tina

Tina Haché-Lacombe

Par exemple, le bégonia ne survivra pas en plein soleil, il va brûler. Si vous en mettez plusieurs dans un pot, sachez qu’il faut bien les serrer entre eux. Vous pouvez aussi l’accompagner d’une autre plante.
En jumelant les plantes, elles créeront un effet d’évapotranspiration [i]. Toutes les plantes, en transpirant, créent un petit îlot d’humidité entre elles.  Le bégonia aime l’humidité. Si vous le plantez seul dans un grand pot, il s’asséchera plus rapidement.

M : Mon balcon est au soleil la moitié de la journée, est-ce que je peux considérer qu’il est à moitié ombragé?

T : Quand on parle de niveau d’ensoleillement, on prend en compte la luminosité en général, que l’éclairage soit direct ou diffus (une pièce baignée de soleil). On parle d’exposition en plein soleil à partir de 6 h consécutives d’ensoleillement, de mi-ombre à partir de 4 h d’ensoleillement, puis d’ombre pour moins de 4 h d’ensoleillement.
Si votre balcon est très exposé au soleil, vous pouvez utiliser certains végétaux qui supportent le plein soleil (comme les cosmos), pour créer de l’ombre aux autres.

M : Comment savoir si mes plantes manquent d’eau ou de lumière, ou au contraire si elles en ont trop? Quels sont les « symptômes » à reconnaître?

T : D’abord, il faut regarder l’aspect général de la plante, puis sa coloration…
Si la plante a une carence, la couleur de ses feuilles va changer. Une carence peut être causée, entre autres,  par un manque ou un excès d’eau, un taux d’acidité inadapté ou un manque d’aération. On peut regarder sur Internet les types de carences des plantes si l’on a besoin.
Des racines gorgées d’eau pourraient s’asphyxier et ne plus être capables de boire. Pour savoir si votre plante manque d’eau ou si elle en a trop, il faut regarder la terre en profondeur. Parfois, la terre au fond est détrempée (quand on n’a pas de trous d’aération par exemple) alors qu’en surface elle est sèche. Idéalement, il vaut mieux avoir des trous de drainage au fond du pot pour éviter que l’eau ne s’accumule trop. Si vous placez une assiette sous le pot pour que l’eau s’évacue, il faut vider l’assiette pour que l’eau ne remonte pas dans la terre.
Il y a des exceptions : par exemple, le feuillage délicat du cosmos va sécher naturellement au milieu de l’été. Ne soyez pas inquiets, il va continuer de fleurir, voire créer un nouveau feuillage.

M : Est-ce que je dois tailler mes plantes, enlever les feuilles et les fleurs mortes?

T : Oui. En enlevant les fleurs mortes, on stimule la floraison des plantes. Personnellement, je laisse les feuilles mortes au sol, mais il faut savoir que des feuilles mortes non décomposées peuvent attirer certains insectes ravageurs. En se décomposant, les feuilles mortes vont apporter des nutriments à la plante.

M : Comment cueillir/couper les plantes comestibles?

T : Pour le basilic, il faut venir chercher quelques feuilles ou une portion de la tige. Il ne faut jamais enlever plus d’un tiers de la longueur totale. Une plante a besoin de garder assez de surface foliaire [ii] pour faire sa photosynthèse [iii]. Si on lui enlève trop de feuilles d’un coup, c’est un choc. Donnez-lui du temps avant d’enlever un nouveau tiers.
Je recommande en revanche de laisser pousser complètement le persil plat avant de le tailler, ou alors ne prendre que quelques feuilles à la fois.

M : Si je le cueille, puis-je le faire sécher pour l’utiliser plus tard ou le conserver?

T : On peut le faire sécher, on peut aussi l’enlever avec ses racines et le laisser dans de l’eau qu’on va changer tous les jours. S’il fait très chaud, vous pouvez le mettre dans l’eau au réfrigérateur. Il peut se maintenir ainsi quelque temps.

M : Est-ce qu’on peut quand même planter des fleurs si l’on habite en appartement et qu’on n’a pas de balcon?

T : Vous pouvez avoir du basilic à l’intérieur, mais ça demande plus d’entretien, car l’humidité doit rester constante. Les fines herbes en général ont besoin de beaucoup d’humidité. Il faudrait les vaporiser tous les jours et arroser régulièrement.
Évitez par contre de planter du persil plat à l’intérieur. Pareil pour la ciboulette qui elle, est une plante vivace et qui a vraiment besoin d’une période de dormance [iv].
Le bégonia se garde très bien à l’intérieur, d’ailleurs si vous en avez planté dehors, vous pouvez le rentrer pour l’hiver. Les coléus aussi peuvent être rentrés.

M : J’aimerais savoir si je peux transférer mes plantes d’intérieur dehors en été, et mes plantes d’extérieur dedans en hiver.

T : Si vous transférez vos plantes d’intérieur dehors, il faut respecter une période d’acclimatation. Comme un être humain, une plante peut prendre un coup de soleil aux premières expositions.  Au début, on la sort quelques heures par jour seulement, ou alors on la met sous une ombrière. Dépendamment du végétal, il faut compter environ une semaine d’acclimatation.
Il est préférable de laisser les annuelles retourner à la terre, plutôt que de les rentrer l’hiver. C’est leur cycle naturel. Je recommande de les laisser sécher sur place, puis de les enlever au printemps. Si vraiment vous voulez les enlever avant, mettez-les au compost.

« Cessez de voir l’ortie comme une ennemie,
faites en votre alliée! »

M : Si j’installe mes plantes comestibles dehors, les animaux vont-ils les manger?

T : Les écureuils ont un régime de plus en plus varié! Ils raffolent des tomates et des concombres, car ils veulent avant tout s’hydrater.
Mes astuces évoluent chaque année et je n’ai pas encore trouvé la solution parfaite! Par exemple, je mets un bol d’eau à proximité de mes plantes, que je viens changer tous les jours.
Sinon, vous pouvez planter des orties. Elles sont considérées comme de mauvaises herbes et poussent naturellement dans votre potager ou vos pots. Prenez des gants pour les manipuler. Ses petits poils sont comme des épines qui vont partout. Les écureuils étant agiles et malins, c’est mieux de mettre des orties un peu partout.
Cessez de voir l’ortie comme une ennemie, faites-en votre alliée! Vous pouvez même l’utiliser pour faire de la soupe, de la tisane, ou cuire ses feuilles comme des épinards. Dès qu’elle est cuite, elle perd ses caractéristiques urticantes. J’ai lu que l’ortie, utilisée en cataplasme, peut aussi soulager de l’urticaire qu’elle provoque!

Distribution de fleurs et de compost 2019

M : Toi qui as vu la liste des fleurs qui seront distribuées le 25 mai, pourrais-tu nous dire s’il faut les agencer d’une certaine manière pour qu’elles ne se gênent pas? Y a-t-il par exemple des plantes qui sont nocives pour les autres?

T : Le basilic préfère être tout seul en pot, ou à la rigueur avec un plant de tomates, s’il est planté dans le potager.
Les bégonias, les celosias… vont avec toutes les plantes. Les fleurs annuelles en général, peuvent être plantées ensemble.
Le persil plat a besoin de l’ombre d’un autre végétal et aussi d’être abrité du vent. Je trouve personnellement que le persil plat et la coriandre fonctionnent bien ensemble, abrités du vent et à l’ombre d’un petit fruitier par exemple.

M : En plus des fleurs, nous allons aussi donner du compost lors de la distribution de fleurs. Peux-tu m’expliquer ce que c’est?

T : Le compost c’est excellent pour nourrir votre potager ou vos plantes en pot! Il apporte des éléments nutritifs en libération lente, contrairement à un engrais de synthèse qui lui, va apporter des nutriments de façon très rapide.
Le compost stimule la vie de votre terre. Il est composé de matières organiques décomposées. Un engrais de synthèse peut intoxiquer une plante, mais pas le compost naturel!

M : A-t-on besoin de beaucoup de compost pour réaliser des plantations? Comment doit-on l’utiliser?

T : Il n’y a pas vraiment de limites à son utilisation. Les annuelles n’ont pas besoin de beaucoup de compost, mais c’est toujours bien d’apporter de la vie à votre terre.
En pot, il peut être mélangé avec de la terre à empotage (un tiers de compost, deux tiers de terre). Celle-ci a un bon drainage, qui aide à compenser l’absence d’aérateurs naturels tels que les vers de terre.
Dans le jardin ou les grands bacs, on peut simplement mettre un peu de compost en surface, et la vie va venir le chercher…

« Le compost c’est excellent pour nourrir votre potager ou vos plantes en pot! »

M : Dans un carré d’arbre, faut-il mettre plus de compost parce qu’il est entouré de béton?

T : Une fois par an, au printemps, c’est bien de mettre une bonne dose de compost dans le carré d’arbre.

M : En parlant de carrés d’arbre, quel type de plante faut-il y mettre? Comment les planter et comment les entretenir? Est-ce que c’est grave si les fleurs plantées sont à l’ombre de l’arbre? Faut-il laisser l’arbre « respirer »?

T : Tout dépend d’abord de l’arbre qui est planté.
Les racines des érables par exemple, émettent des toxines pour éliminer toute compétition. C’est pour ça qu’il n’y a pas grand-chose qui pousse autour d’un érable. Dans ce cas, il faudrait choisir une variété de plante un peu plus envahissante et vigoureuse, en respectant une distance avec le tronc.
Autour d’un frêne, on peut planter des annuelles ou bien des vivaces rigoureuses.
S’il y a un peu d’ombre, on pourrait planter des coléus, des cosmos ou des bégonias.
Attention de ne pas creuser trop profond lors de la plantation pour ne pas abîmer les racines de l’arbre! Gardez une petite distance autour du tronc d’un arbre mature pour ne pas étouffer les fleurs (environ 30 cm).

M : Pour l’année prochaine, aurais-tu des suggestions de fleurs ou de plantes que l’on pourrait distribuer?

T : J’aime tellement de plantes que c’est difficile de choisir… La sélection de cette année est déjà vraiment belle!
Le trèfle pourrait être distribué en semence. Vous pourriez ensemencer un peu de trèfles autour d’un arbre. C’est une fabacée dont les racines s’allient avec le rhizobium (bactérie) pour capter l’azote de l’air et le rendre assimilable aux plantes. C’est une bonne alternative au paillis.
J’aime bien les anémones. C’est une plante vivace facile à entretenir qui peut pousser à la mi-ombre et au soleil. C’est aussi une fleur magnifique et certaines espèces sont indigènes au Québec.
J’aime aussi beaucoup les fougères (pour mettre près des arbres par exemple). L’Onoclea sensibilis est une très belle fougère indigène qui va bien avec les anémones et qui va se multiplier d’elle-même. Donc même si au départ vous n’avez que 2 ou 3 plants, l’année d’après il va y en avoir plus. J’aurais tendance à privilégier des espèces indigènes, car les pollinisateurs d’ici les aiment…

M : Un dernier mot?

T : Continuez de jardiner!  On ne peut pas avoir TROP de verdure ou de fleurs. La verdure et la nature apportent du bien-être à l’humain et à la nature. On fait tous partie du même écosystème…

Récapitulatif Entrevue

 

[i] Quantité d’eau qui s’évapore par le sol, les nappes liquides et la transpiration des végétaux.
[ii] Surface de feuillage
[iii] Processus par lequel les plantes vertes synthétisent des matières organiques grâce à l’énergie lumineuse, en absorbant le gaz carbonique de l’air et en rejetant l’oxygène.
[iv] C’est la période où, dans le cycle de vie d’un organisme, la croissance et le développement sont temporairement arrêtés.