Démystifier le bac brun !

Cet article vise à répondre à différentes questions sur le bac brun et la situation dans les centres de compostage. Il vous éclairera sur le processus du compostage, la question des sacs en plastique compostable ainsi que sur des alternatives possibles à l’utilisation des sacs.

Prenez note que la technique de compostage industriel décrite concerne le contenu des bacs bruns de la zone Est de Montréal et ne s’applique donc pas nécessairement à la zone Ouest de Montréal ou aux autres régions du Québec.

Pour voir la zone Est et la zone Ouest de l’île de Montréal, consultez cette carte.

Avant de débuter, quelques questions-réponses en rafales!

Question: Puis-je continuer à utiliser des sacs compostables pour la collecte des résidus alimentaires?

Réponse: Oui! Vous pouvez continuer de mettre des sacs en plastique compostable dans votre bac brun. Les sacs que vous utilisez doivent avoir un des logos suivants [i] :

logo_compostable

Q: Les sacs en plastique compostable posent-ils un problème dans les sites de compostage où ils sont envoyés?

R: Non! Les sacs en plastique compostable en soi ne sont pas un problème dans les sites de traitement de résidus alimentaires. Mais…ils ne sont pas la meilleure solution. Continuez à lire cet article pour mieux comprendre.

Q : Est-ce que des contaminants posent problème dans les sites de compostage qui reçoivent le contenu du bac brun?

R: Oui! Le vrai problème est la contamination des résidus alimentaires par le plastique conventionnel.

Q: Est-il vraiment utile que je continue à participer à la collecte des résidus alimentaires?

R: Oui! En plus d’être obligatoire, la participation à cette collecte est vraiment bénéfique pour l’environnement. Lisez cet article pour comprendre les rouages de cette collecte et pour en saisir tous les bienfaits.

Quelle est la différence entre « biodégradable » et « compostable »?

Selon le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, le terme « biodégradable » réfère à la décomposition d’un matériau ou d’une substance en différents éléments, par l’action d’organismes vivants. Les éléments ainsi dégradés conservent la même structure et les mêmes propriétés physiques et chimiques, même à très petite échelle. [ii] Ainsi, le plastique est biodégradable à très long terme; il se fragmentera en plus petites particules de plastique, qui elles, resteront dans l’environnement… rien ne se perd, rien ne se crée !

Le terme « compostable », quant à lui, réfère plutôt à de la matière qui, une fois digérée par les microorganismes, se transforme en molécules de dioxyde de carbone (CO2), en eau ainsi qu’en différents minéraux utiles à la croissance des plantes.[iii]

Il faut donc faire attention à la mention « biodégradable » qu’on retrouve sur plusieurs sacs de plastique conventionnels. Elle n’indique en aucun cas que ce sac se décomposera dans l’environnement. Elle indique plutôt que ce sac se fragmentera en petites particules, suite à un processus qui peut prendre parfois plusieurs centaines d’années.

Le plastique « compostable » alors, c’est quoi?

Tous les plastiques sont composés de polymères, soit un amalgame de molécules. Les plastiques conventionnels sont composés de polymères issus de la transformation d’hydrocarbures (pétrole). Il s’agit, par exemple, de polyéthylène ou polystyrène (styromousse). Le plastique compostable, lui, est plutôt composé d’acide polylactique (PLA), un polymère issu de la transformation du maïs, de betteraves, de tapioca ou de canne à sucre. Comme il s’agit de sources végétales, ce plastique est compostable! [iv]

C’est pourquoi l’utilisation de sacs de plastique conventionnels (plastique non compostable) pour la collecte des résidus alimentaires est interdite! Ils contaminent le compost, puisque ces sacs se dégradent en fines particules de plastique qui se retrouvent mêlées au compost.

Quelles matières entrent dans la composition du compost?

Le compost permet d’enrichir les sols en rendant disponibles différents nutriments pour les plantes. Il est donc important que son contenu soit bien équilibré afin de répondre à leurs besoins. Dites-vous que, comme nous, les plantes ont besoin d’une alimentation diversifiée!

Pour obtenir un compost de qualité, il faut donc mélanger des matières azotées à des matières carbonées :

Les matières azotées sont des matières « vertes » et humides. Elles apportent les nutriments essentiels aux plantes, tel que l’azote, le phosphore, le potassium ou le calcium. Il peut s’agir de résidus alimentaires, de résidus de jardin, d’herbe coupée, etc.

Les matières carbonées sont souvent appelées des matières « brunes ». Elles sont sèches et apporteront le carbone essentiel à la composition d’un compost équilibré. Il peut s’agir de feuilles mortes, de papier journal, de cartons d’œufs, de sciure de bois, de marc de café, etc.

Un déséquilibre entre la quantité de matière carbonée et de matière azotée affectera l’efficacité du compostage ainsi que la qualité du compost qui en résultera. Par exemple, trop de matières azotées peut entraîner une émanation d’odeurs alors que trop de matières carbonées ralentira le processus de compostage ou l’empêchera de s’activer.

Le compostage industriel en 6 étapes 

Il existe plusieurs techniques de compostage. Peut-être avez-vous un composteur domestique dans votre cour? Cette technique vous permet de produire du compost à petite échelle. Or, pour le contenu du bac brun des montréalais-es, il faut opter pour une technique permettant de composter de gros volumes. C’est pourquoi le contenu des bacs bruns est dirigé vers des centres de compostage industriel. Les résidus du secteur Est de Montréal sont envoyés à celui de Saint-Thomas, un centre de compostage industriel dirigé par l’entreprise EBI.

À leur arrivée au centre de compostage, les résidus alimentaires du bac brun (matières azotées) doivent être mélangés à de la matière carbonée (feuilles mortes, papier journal, etc.), sans quoi, ces matières pourriront plutôt que d’entamer le processus de compostage. Or, les sacs en plastique compostable, tout comme les résidus alimentaires qu’ils contiennent, sont conçus de matière azotée. Ainsi, les sacs doivent être déchirés afin que les matières à l’intérieur entrent en contact avec du carbone. Les morceaux de sacs en plastique compostable se composteront aussi, tout comme leur contenu.

Le processus du compostage est assez simple :

  1. Les camions déposent le contenu des bacs bruns sur de grosses plateformes en asphalte;
  2. Une machine ressemblant à un gros rotoculteur déchiquète les sacs qui se retrouvent dans la pile de matière, sans les émietter;
  3. Le résultat est passé dans un gros tamis vibrant ayant des trous d’un diamètre d’environ 10 centimètres : les résidus alimentaires et certains morceaux de sacs traversent et les gros morceaux restent sur le tamis;
  4. Le résultat tamisé est mélangé à des feuilles mortes et du gazon, puis mis en andain (longs tas de matières) et brassé régulièrement afin que les matières compostent (la température au centre des andains atteint 70 degrés Celsius!);
  5. Lorsque la température baisse, les andains sont collectés et mis en grosses piles de compost. Celui-ci sera en maturation pendant deux ans;
  6. Suite à la période de maturation, le compost est de nouveau tamisé, cette fois par un tamis avec des trous d’un diamètre de 10 millimètres. Ce qui en ressort est prêt à être utilisé. Ce qui reste sur le tamis prend le chemin de l’enfouissement.
Le problème des sacs dans la collecte

sac compostable

En fait, les sacs en plastique compostable ne posent pas de problème dans la collecte des résidus alimentaires! C’est encore une fois les sacs en plastique conventionnel, que les gens mettent dans la collecte par erreur, qui sont les coupables!

Selon les statistiques données par EBI, qui est le centre de traitement des résidus alimentaires de l’Est de Montréal, environ 20% des sacs qui arrivent au site de compostage sont des sacs en plastique compostable. L’autre 80% est plutôt composé de sacs en plastique conventionnel et d’emballages de plastique avec les aliments toujours à l’intérieur (par exemple, des croissants, de la laitue ou des légumes dans leur emballage de plastique d’origine). Ce sont des matières qui ne devraient pas se retrouver dans cette collecte-ci!

C’est à l’étape du premier tamisage qu’on commence à rencontrer des problèmes. Les sacs en plastique compostable en lambeaux se retrouvent mélangés aux sacs en plastique conventionnel sur le tamis de 10 centimètres. En raison de la contamination par les autres sacs de plastique non compostable, ils doivent être retirés du processus et prennent donc le chemin de l’enfouissement. Retenons que s’il n’y avait pas eu de contaminants, ils auraient pu être réintégrés au processus et se composter avec le reste de la matière.

Malheureusement, certains sacs en plastique conventionnel échappent au premier tamisage et seront séparés du compost à l’étape du deuxième tamisage (à 10 millimètres) ou resteront comme contaminant dans le produit final.

Le destin des sacs en plastique compostable est plus compliqué. En effet, le terme « compostable » est libre d’utilisation, ce qui veut dire qu’il faut utiliser uniquement les sacs certifiés.

La certification du Bureau de Normalisation du Québec (BNQ) assure que le produit sera composté en 12 semaines en morceaux inférieurs à 2 millimètres et complètement en 180 jours, dans un milieu contrôlé (température, humidité, etc.). D’autres certifications existent, mais, selon Recyc-Québec, la norme du BNQ est la plus adaptée au Québec et au Canada. Pour plus d’information sur les certifications, consultez cette page de Recyc-Québec…

Par contre, si les conditions de compostage ne sont pas optimales (température trop basse, mauvais taux d’humidité, etc.), il est possible que les sacs en plastique compostable soient toujours visibles après la période de 12 semaines ou même après 180 jours, ce qui peut arriver dans le cas de milieux non contrôlés, tels que les centres de compostage extérieurs. Il est donc possible que des sacs compostables se retrouvent mélangés à d’autres rejets suite à la deuxième étape de tamisage.

Ainsi, les sacs en plastique compostable en soi ne sont pas un contaminant du compost. C’est plutôt la grande présence de sacs en plastique conventionnels et la difficulté d’obtenir les conditions idéales de compostage pour le plastique PLA qui sont problématiques.

Si vous utilisez les sacs en plastique, assurez-vous donc qu’ils soient bien certifiés compostables, et non biodégradables ou oxo-biodégradables! Sachez également qu’il existe des alternatives aux sacs qui faciliteront le travail au centre de compostage et ne se retrouveront pas dans les rejets tout en gardant le bac brun propre.

Comment faciliter le compostage de vos résidus alimentaires

Il n’est pas obligatoire d’utiliser des sacs! Vous pouvez disposer de vos résidus alimentaires directement dans le bac brun. Ceci encourage la réduction à la source, car n’oublions pas qu’il faut utiliser des ressources et de l’énergie pour produire les sacs en plastique compostable!

Sinon, l’utilisation de sacs en papier ou de papier journal (alternative gratuite et qui valorise les journaux!) est idéale. En effet, le papier, une fois mouillé, se composte rapidement et ajoute de la matière carbonée aux résidus alimentaires. Le rotoculteur pourra déchirer le tout et le papier se retrouvera mélangé aux résidus alimentaires suite au premier tamisage plutôt que de faire partie des rejets.

De plus, l’ajout de matière carbonée au bac brun peut aider à contrôler les odeurs! Rappelez-vous, un manque de matière carbonée entraîne des odeurs, alors que l’ajout de cette matière entame le processus de compostage des matières qui lui, est inodore! Vous pouvez mettre du papier journal dans le fond du bac brun, ce qui absorbera les liquides et empêchera les matières de geler au fond du bac l’hiver. Dans la chaudière, vous pouvez utiliser des sacs en papier ou la tapisser de papier journal et faire des baluchons que vous mettrez directement dans le bac brun.

Le papier journal vient aussi créer une barrière entre les résidus alimentaires et l’air, ce qui peut empêcher les mouches d’aller pondre des œufs et ainsi contrôler l’apparition de vers ou de mouches à fruits dans le bac brun.

Finalement, un petit rappel des bienfaits de cette collecte !

En participant à la collecte des résidus alimentaires, vous réduisez les émissions de gaz à effet de serre liées à l’enfouissement des matières organiques. En effet, la décomposition de ces matières dans les fosses des sites d’enfouissement, donc en absence d’oxygène, émet du méthane (CH4), un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2). [v] Dans les centres de compostage hors sol, tel que celui de EBI à Saint-Thomas, le compostage se fait en présence d’oxygène et n’émet donc pas de méthane.

De plus, vos résidus alimentaires sont valorisés plutôt que d’être enfouis et permettent de produire du compost, un très bon engrais pour le sol. Ce ne sont pas des poubelles, mais plutôt une ressource importante pouvant servir de matière première !

Merci de participer à cette collecte importante et vive le bac brun !


Sources :

[i] https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/municipalites/matieres-organiques/residus-verts/documents-outils-pratiques-planification/guide-utilisation-sacs

[ii] http://www.granddictionnaire.com/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26543265

[iii] http://www.granddictionnaire.com/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8349074

[iv] https://www.techniques-ingenieur.fr/base-documentaire/materiaux-th11/matieres-thermoplastiques-monographies-42147210/acide-polylactique-pla-am3317/

[v] https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/municipalites/matieres-organiques/residus-verts/documents-outils-pratiques-planification/bilan-emissions-ges